De patient à passif

D’où vient que l’on parle de patient dans l’univers de la santé ?

Est-ce parce que, dans la traditionnelle salle d’attente, la pile de magazines fatigués nous renvoie au siècle précédent ?

À moins que la disponibilité fortement sollicitée de praticiens débordés incitent à la patience l’aspirant au mieux-être ?

Le système de Santé dans notre pays nous a habitué à abandonner notre mieux-être à la Médecine. Cet assistanat assez confortable, s’il donne (de moins en moins) l’accès aux soins aux plus démunis, n’est pas dépourvu d’un biais pervers : il est facile d’abdiquer sa souveraineté corporelle aux médecins.

Planche acupuncture - MTC

Planche acupuncture - MTC

La Médecine traditionnelle chinoise, dans la Chine antique, adoptait un comportement tout à fait différent. Le médecin était payé chaque année pour éviter que ceux qui venaient le consulter ne tombassent (!) malades. Ses prescriptions étaient préventives. S’il faillait, il était tenu de soigner le malade sans être rémunéré. On payait la bonne santé.

 

Le consultant et le consulté

Bien qu’usant, par paresseuse facilité, afin de me plier au consensus – faire comme tout le monde –, de ce curieux qualificatif de « patient » plus souvent qu’à mon tour, je lui préfère celui de « consultant ».

Un consultant désigne à la fois celui qui est consulté – le spécialiste – et celui qui fait acte de consulter ledit spécialiste.

Un autre terme de notre langue est pourvu de cette même ambiguité riche de sens : apprendre. L’enseignant apprend à l’élève. Et l’élève apprend auprès de celui qui lui enseigne. Une égalité dans la transmission du savoir est sous-entendue ; l’enseignant ne doit pas oublier qu’il a été un enseigné, auparavant. Comme le thérapeute est censé être passé par l’expérience thérapeutique, côté « patient », afin de garantir sa disponibilité à la personne venue le consulter – il faut avoir parcouru la montagne pour devenir guide de haute montagne.

 

L’activisme thérapeutique

En thérapie, la personne qui vient, chez celle qui accueille, est active. Elle décide d’entramer un travail sur elle. Elle contacte le thérapeute. Elle se déplace… et elle fait sa thérapie. Point de « patience », ici. Il n’y a pas à attendre, mais à expérimenter.

Elle était éventuellement patiente AVANT d’entreprendre cette démarche qui a fait sentir sa nécessité au point de l’inciter à agir, enfin.

Dans l’imaginaire du « business », un consultant est celui qui sait. Il réalise un « audit » pour voir ce qu’il conviendrait d’améliorer dans le fonctionnement d’une organisation. Dans le cabinet de consultation, le consulté ne sait rien du consultant qui pousse la porte de son cabinet pour la première fois. Il sait juste que le consultant, lui, sait… même s’il ne sait pas qu’il sait.

Le rôle du thérapeute sera d’aider le consultant à découvrir cette réalité, à se voir de façon plus complète, à s’entendre mieux – Écouter quelqu’un, c’est lui permettre d’entendre ce qu’il dit, nous rappelle Jacques Salomé. Il s’agit de lui (re)donner le pouvoir sur sa propre existence, de lui permettre d’accéder à ses propres ressources.
Il est question d’autonomie – celle du consultant.

Car, en définitive, seul le consultant a le pouvoir de changer.
Le consulté, n’a « que » la volonté de l’aider.

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