(page provenant du site www.psychobiotherapie.com – fév. 2010)


«Inconscient» signifie ce qui s’énonce à l’insu du sujet.

[ Vincent Descombes – L’Inconscient malgré lui (1977) ]

Le motif de consultation en thérapie est parfois précis, mais il peut généralement se résumer en ces trois monosyllabes qui constituent souvent la partie la plus consciente de ce qui motive à pousser la porte d’un cabinet.

Quand on dit « Je vais mal »…

Cette petite phrase presque banale lors de la première consultation, recèle une quantité de non-dit qui va servir de fil conducteur, de fil d’Ariane, pour guider la personne qui va mal à travers le labyrinthe où elle se trouve.
« Je vais mal », amène plusieurs points importants :
  • « Je vais »… quelque part. Donc, je suis motivé, dans le sens où je suis (de suivre), subis ou provoque un mouvement ; il y a mouvement – quelle est ma motivation, ce qui me fait bouger, ce qui fait que je bouge ?
  • « mal » ? Il y a jugement. Je qualifie la chose (le mouvement) de mal, de mauvais. Selon quels critères ? Généralement la souffrance. Donc, qu’est-ce qui selon mon point de vue est à l’origine de cette souffrance ?
  • « où ? » Car, si je vais quelque part, même mal, c’est que je pars d’un endroit, ou d’un état – jugé préférable – pour me diriger vers un autre qui me déplaît, m’inquiète, me rebute. À moins que là vers quoi je m’avance ne soit désirable et que la façon, ou le prix à payer pour ce « voyage » ne me soit désagréable, voire effrayant. Il y a une destination.
  • Et comme, dans tout transport, il y a trois composantes (départ, arrivée, modalités : mode, vitesse, trajet…), il convient de se demander « d’où » je pars. Ne dit-on pas qu’il y a un début à tout ?
À cette simple mais essentielle affirmation doit correspondre une interrogation multiple sur :
– la motivation (pour quoi, et non pourquoi, je bouge),
– le jugement (ce qui me déplaît et qui ne correspond pas à mes critères, mes valeurs, et comment se sont établis ces points de référence, et s’ils sont toujours valables) – l’objectif visé (à quoi conduit le chemin sur lequel je me trouve),
– le point de départ (à quel moment et endroit précis il y a eu initiation de cette mise en mouvement) qui va souvent être associé à la motivation.
« Par où je passe », « de quelle façon » etc. étant, pour la plupart, des corolaires des points précédents.

Dans « Je vais mal », le plus important est suggéré en creux

J’ai conscience d’un inconfort – qui peut être extrême et douloureux – né d’une inadéquation entre ce qu’il m’est donné de vivre aujourd’hui et ce que je souhaite ou ai pu espérer. C’est ce que j’exprime par « je vais mal ».
Et, simultanément – c’est ce qui est induit par ce « je vais mal » –, j’ai inconscience de la motivation qui m’a pris(e). Car, je vais quelque part – le but. Un quelque part qui correspond à ce qu’il s’est passé, au départ, en fonction d’une énergie qui m’a mis(e) en mouvement : une émotion (motion signifiant « mouvement »), produite à partir d’un besoin et d’un manque.
La bonne nouvelle est donc que j’ai l’énergie, dont le but échappe, certes pour l’instant, à ma conscience – certains croyants pourront dire que « les desseins du Seigneur sont impénétrables ». Mais, cette énergie motivante a été mise à contribution d’après ce qu’il s’est passé… au départ.
Bien sûr, au départ, il peut y avoir eu un malentendu – j’ai cru bien faire et je me suis fait mal, apparemment. Encore faudra-t-il entendre ce qui a été mal entendu ou qui aura été mal dit.

« Je vais mal » est juste un arrêt sur image

Vous vous fixez sur une séquence, dans le déroulement d’un film qui obéit à un scénario construit d’après une histoire, une histoire vraie, la vôtre.
NB : Ne pas confondre l’histoire réelle avec le scénario, construction imaginaire créée depuis une part des éléments de l’histoire…
Comme en musique où la mélodie est autant faite des silences que des notes entre eux, l’important c’est ce que l’on ne dit pas, ou croit ne pas dire ; ce qui fait, peut-être, mal à dire, la maladie.
La thérapie permet de remettre le film en mouvement, de braquer les projecteurs sur l’aspect dynamique de l’histoire, pour notamment, prendre conscience des tenants et aboutissants :
– D’où je viens ? Où et comment cela a-t-il débuté ?
– Vers quoi je suis en mouvement ? Pour quoi ai-je infléchi la trajectoire de mon parcours ?
– En quoi cela me paraît contraire à mes aspirations ? Qu’est-ce qui me fait peur ou souffrir etc. ?
Pour parvenir à :

Comment adapter mon point de vue à ce qui m’arrive et reprendre les commandes du véhicule – ma vie – afin d’être sinon libre de mon destin, au moins libre dans mon destin ?

« Comment allez-vous ? »

Enfin, et c’est primordial en thérapie brève, le « comment » fait toute la différence. Car chacun va – « mal », éventuellement – d’une certaine façon qui lui convient, qui convient à la part de soi qui s’est mise à « aller » par là.
Le symptôme est une façon – une façon biologique pour la maladie – de dire où quelque chose nous a incité à changer. La manière, les spécificités du symptôme, renseigne sur ce qui a été vécu, sur « comment » cela a été vécu.
Ce qui est valable pour des symptômes physiologiques, physiques, devrait l’être aussi pour des troubles du comportement ou « psychologiques » – lire à ce sujet « La dépression, une épreuve moderne » du psychiatre Lucien Tenenbaum, paru à L’Harmattan, qui parle notamment du besoin d’être déprimé.


Ce que nous appelons le hasard n’est et ne peut être que la cause ignorée d’un effet connu.

[ Voltaire – Dictionnaire philosophique ]



Un dicton prétend que le hasard ferait bien les choses…
Il peut en tout cas nous apprendre que le symptôme est la partie visible d’un processus d’adaptation à un événement perçu comme perturbant, dangereux…
Aussi, regarder le « problème », c’est déjà, peut-être, entrevoir la solution.

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